La maison de la frontière (« Haus auf der Grenze »)

La maison de la frontière (« Haus auf der Grenze »)

La maison de la frontière (« Haus auf der Grenze ») est, en soi, un bout de l'histoire de la réussite interallemande.
Au début des années 1990, après que des citoyens engagés des deux côtés de l'ancienne frontière ont empêché la remise en état du Poste d'observation Alpha, de plus en plus de personnes se mirent à visiter cet endroit.
Le souhait de pouvoir s'informer sur le régime frontalier de la RDA à cet endroit unique de l'ancienne confrontation entre les deux blocs était très présent, tout comme le besoin d'exposer sa propre vie et ses propres souffrances au niveau de l'ancienne frontière.
Le camp américain s'est opposé à une exposition de ce genre.
Pour pouvoir montrer une représentation réaliste, équilibrée et compréhensible également pour les générations futures des relations sur le côté oriental de la frontière interallemande, seule la « maison de la frontière » (« Haus auf der Grenze ») a été construite.
Les deux associations à but non lucratif du côté de la Hesse et de la Thuringe se sont battues pour attirer l'attention de l'opinion publique et pour obtenir un financement, et elles ont obtenu gain de cause.
Dans la « maison de la frontière » (« Haus auf der Grenze »), qui est située directement sur l'ancien chemin de patrouille, les développements et les événements en relation avec le régime frontalier de la RDA sont illustrés.
En outre, dans les combles, une exposition qui a été conçue en collaboration avec la « réserve de biosphère de la Rhön » (« Biosphärenreservat Rhön ») informe surtout les plus jeunes visiteurs sur la faune et la flore de la « ceinture verte » actuelle au niveau de l'ancienne frontière.

Exil forcé et fermes rasées

Le régime frontalier de la RDA s'est considérablement aggravé depuis le début des années 1950.
La ligne de démarcation a été rallongée progressivement depuis 1952.
C'est d'abord un tronçon de dix mètres de large, qu'il était interdit de franchir, qui a fait office de « bande de protection ».
Puis, une « zone de contrôle d'identité » a été établie sur cinq kilomètres pour les personnes habitants sur cette zone.
Tous les habitants de ce que l'on appelait la « zone interdite » ont été spécialement répertoriés par les services de police populaire.
Dès le printemps 1952, les habitants de la région frontalière, encombrants pour le régime, ont été transférés à l'intérieur de la RDA.
Dans le cadre de deux opérations d'envergure, connues sous les noms de « Opération Vermine » (Aktion Ungeziefer) et « Opération bleuet » (Aktion Kornblume), 11 000 personnes ont été expulsées et exilées de force.
Il s'agissait de mesures purement arbitraires pour intimider la population dans les zones interdites bloquées.
Certaines familles ont eu vent de leur expulsion imminente peu avant que l'opération soit mise en place et sont parties avec tout ce qu'elles ont pu prendre rapidement pour s'installer à l'Ouest.
Un bon nombre de fermes situées à proximité de la frontière, parfois très anciennes, ont été démolies (« rasées ») et ses habitants, exilés de force.

Expansion du mur de séparation dans les années 1960 et 1970

Suite aux protestations publiques de l'ancien président du Conseil d'État de la RDA, Walter Ulbricht, des dispositions à nouveau renforcées sur la sécurité frontalière interallemande sont entrées en vigueur le 13 août 1961.
Le 14 septembre, le Ministre de l'intérieur de la RDA promulgua par décret (n° 39/61) qu'il fallait « assurer la sécurité à la frontière occidentale de la RDA ».
Le Bureau politique du SED exigea dès 1961 le « renforcement de la frontière d'État avec l'Ouest ».
De plus, le renforcement systématique de la frontière de l'État en trois étapes a été établi.
Jusqu'au 1er avril 1962, la frontière prenait la forme de mines de fils métalliques, de barrages et de tours d'observation.
Jusque-là, des champs de mines n'avaient été posés que sur 614 kilomètres.
Chaque « franchissement illégal de la frontière » constaté était méticuleusement analysé et évalué par les « organes de sécurité de l'État » et largement pris en compte lors des étapes ultérieures de renforcement du mur de séparation.
Ainsi les tentatives d'évasion réussies ont-elles involontairement contribué à renforcer la sécurité aux frontières.
Les dépenses considérables injectées dans chaque étape du renforcement du mur de séparation n'avaient aucune espèce d'influence.

La frontière demeure une réalité - 1971 à 1989

Au début des années 1970, le régime frontalier fut encore renforcé et les hauts responsables de la RDA décidèrent d'installer des mines à fragmentation sur la clôture en métal déployé.
Sur la clôture frontalière extérieure, les mines à fragmentation SM 70 furent installées du côté tourné vers la RDA.
En cas de contact, ce type de mine déclenchait une charge de 110 grammes de TNT qui tirait 80 fragments d'acier.
Ce « dispositif piège » infligeait aux fugitifs de graves blessures qui se concluaient par leur mort ou par des dommages irréversibles.
En 1977, un groupe du Comité central du SED décréta qu'il fallait consolider la frontière de 1 393 kilomètres de long qui séparait la RDA de la RFA avec une clôture frontalière de 870 km.
271 kilomètres de cette clôture furent équipés de mines à fragmentation SM 70 et 271 autres kilomètres furent équipés de mines terrestres.
À cela s'ajoutent 1 206 chemins de patrouille, 602 kilomètres de fossés barrant le passage aux véhicules, 434 tours d'observation et 2 640 chiens de garde.
Après la signature de l'Acte final de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (ou Conférence d'Helsinki), les dispositifs piège furent démontés mais seulement après qu'une seconde clôture de sécurité ait été construite à 500 mètres vers l'intérieur des terres, ce que l'on appelait la clôture de signal.
Cette clôture était équipée de fils de signal qui transmettait une alarme silencieuse à l'un des postes de commandement les plus proches en cas de contact.
Ce poste pouvait alors définir la zone exacte de « violation de la frontière » et attraper les fugitifs avant qu'ils n'arrivent à la dernière clôture de sécurité.

Les troupes frontalières de la RDA

Sous l'égide soviétique, la police paramilitaire allemande des frontières fut créée le 1er décembre 1946.
Elle fut d'abord placée sous les ordres du Ministère de l'intérieur.
Après la construction du mur, elle a été placée sous la tutelle du Ministère de la défense nationale.
Par conséquent, les troupes frontalières faisaient partie intégrante des forces terrestres de la RDA : la NVA (Nationale Volksarmee, « Armée populaire nationale » en français).
Après que les troupes frontalières ont été dissoutes dans les brigades frontalières puis réorganisées en commandos frontaliers du nord, du centre et du sud dans les années 1970, elles furent détachées de la NVA et établies en tant que branche indépendante de troupes baptisées « troupes frontalières de la RDA » en janvier 1974.
En tant qu'unité militaire, elle disposait d'une force armée de 47 000 hommes au moment de la chute du mur.
Le régiment frontalier Florian Geyer, à Dermbach, qui était en charge de la section située sur le mont Rasdorfer Berg, appartenait au commando frontalier du sud et surveillait la zone particulièrement sensible du « balcon de Thuringe » (« Thüringer Balkon »).
C'est à cet endroit que le territoire de la RDA avançait le plus loin dans le territoire fédéral allemand, ce qui faisait sans aucun doute de lui un chemin de choix pour lancer une offensive dans la région Rhin-Main située à 80 kilomètres à peine.

L'ordre d'ouvrir le feu

Pour les troupes frontalières de la RDA, il n'y avait d'abord aucun ordre formel et général quant à l'utilisation des armes à la frontière.
Cet ordre a malheureusement été donné dans le plus grand secret par voie de directives.
En 1982, la Chambre du Peuple de la RDA adopta une loi frontalière méprisante pour le genre humain.
Le § 27 de cette loi, baptisé « ordre d'ouvrir le feu », prévoyait l'utilisation des armes pour empêcher un délit, et notamment le franchissement de la frontière.
Mais la règle dite « d'usage des armes à feu » n'a été transmise aux soldats frontaliers qu'oralement.
Parmi les 233 000 tentatives d'évasion documentées, on parle aujourd'hui de plusieurs centaines de morts sur le mur de Berlin et au niveau de la frontière interallemande.
Les recherches pour chaque cas de mort à la frontière s'avèrent très difficiles car soit les dossiers sont falsifiés, soit les chiffres sont enjolivés, soit les témoins sont morts entre-temps.
Même certains suicides ou accidents relèvent de la responsabilité de la sécurité aux frontières.
L'ordre d'ouvrir le feu, qui a généralement été nié par les responsables jusqu'à aujourd'hui, montre une fois de plus de quelle manière cynique et méprisante pour le genre humain les droits de l'homme ont été bafoués en RDA, tout particulièrement par les anciens hauts dirigeants de la SED.
À partir de 1992, des membres du Bureau politique, notamment Erich Honecker, du Conseil de défense nationale, mais aussi un nombre « raisonnable » d'officiers et soldats frontaliers furent jugés pour les homicides perpétrés sur la frontière interallemande à l'occasion de plusieurs procès.